Chapitre 1
Un rêve, une envie, au fond ce n’est que cela. La nuit, où l’âme s’égare dans des coins reculés de sa conscience, est propice au mystique, à l’imprévu, et c’est ici que nous échouons tous. Embarqué sans en prendre conscience dans des barges de fortune, ignorant tout de la raison de notre présence en ces lieux, nous rêvons, à la vie, à la mort, à toutes les choses qui nous préoccupent et qui nous habitent dans une réalité qui nous oppresse, qui nous force à prendre de la distance, et de venir, toutes les nuits, sans aucunes exceptions frôler cet univers où l’impossible devient possible, où passé devient présent, où l’avenir n’est plus un doute et où tout finit par s’achever.
Chacun marche en ces lieux, guidé par une envie insatiable de comprendre, d’apprendre, de ressentir et de vivre des choses qui nous sembleraient inaccessible dans le jour. Afin de nous former à une existence qui n’a pas d’explication, nous vagabondons en ces lieux, à la fois étranger et familier, lointain et si proche, si contradictoire avec ce que l’on ressent et pourtant si véridique… La nuit nous connait, et nous attire à elle. Seul la mort libère de son emprise, mais alors nous lui appartenons entièrement.
Celui qui cherche une réponse, la trouvera en ces lieux, là où il n’y a pas de limite, où rien ne se trouve voilé ou compromis ; mais encore faudrait-il s’en souvenir. Nombreux sont ceux qui, au jour levé, oublie tout de leur voyage nocturne. Ils retombent dans l’ignorance, et seront aveugle dans un monde où lucidité signifie vie. Le jour ne convient pas à réfléchir. C’est dans les eaux troubles de l’inconscience, dans le silence de la nuit, que les choses s’éclaircissent véritablement.
Rêver, vagabonder dans un monde qui ne peut être contrôlé, se retrouver nu devant le regard de sa conscience, ne plus retenir ses pensées, toutes ces choses pourraient être attribué à ce moment spécial que nul ignore. Et pourtant, il y a tellement plus.
Dans un de ces rêves les plus beaux, il y a celui de ce jeune homme. Allongé sur un lit double, seul dans des draps immenses, la tête appuyée contre l’oreiller, la main glissée sous, son visage est calme, en paix. Son esprit s’est envolé au-delà des cieux, au-delà de toutes barrières humaines, et repose aux côtés d’une femme, contemplant l’infini de l’espace avec tranquillité. Ils savent que le moment qu’ils partagent est unique, qu’il ne se renouvellera pas, car lorsque les premiers rayons du soleil, viendront percer leur bulle étoilée, l’homme quittera le sommeil, et laissera sa femme s’en aller. Alors, plutôt que de gâcher le moment, en de veines paroles, ils essuient ensemble un dernier rêve où ils pourront être ensemble.
Dans un de ces rêves les plus beaux, il y a celui de ce vieil homme qui embrasse la nuit d’un grand sourire. Il s’est assoupi dans son vieux fauteuil rabougris, où il passé tant de moment à se souvenir. Figé dans une expression de sérénité, ces paupières lourdes ne s’ouvriront plus. Rêvant pour la dernière fois, dans une nuit calme et chaude, il dit au revoir à ses plus belles années, à ceux qu’il laisse derrière lui, et salue ceux qu’il va rejoindre.
Dans un de ces rêves les plus beaux, il y a cette femme. Aux prises d’un destin sur lequel elle n’a aucune emprise, elle continue d’espérer. Dormant sur une paillasse de paille, dans une baraque fuyant, elle tremble de froid et de douleur. Mais dans l’abri de ses rêves, loin de la folie qui la poursuit et la blesse, elle remercie le ciel du cadeau qui s’éveille en elle. Elle rêve en bleu.